« J'aimais raconter des histoires, tu m'as appris les images ». Martine, c'est ainsi que vous vous adressez à votre mari, Prosper, en 2024 pour fêter les 30 ans de votre maison. Qu'évoque ce souvenir pour vous deux ?
Martine Assouline : On allait depuis toujours à l'auberge de la Colombe d'or, à Saint-Paul-de-Vence. Yvonne — la propriétaire — me parlait de tous les personnages extraordinaires qui l'avaient fréquentée. On a eu envie de lui consacrer un livre. J'écrivais l'histoire, Prosper faisait des photos au petit matin. C'était très excitant.
Prosper Assouline : Nous n'avions aucune connaissance du milieu de l'édition. C'était juste une envie, un acte amoureux. Inconsciemment, nous avons créé notre cabinet de curiosités.
D'autres livres suivront et en 1999, les Éditions Assouline s'installent à New York. Qu'est-ce qui explique ce choix précoce de l'international ?
Martine : Il y a eu ce livre, puis plusieurs autres. Nous avons commencé à être pris au sérieux avec la collection « Mémoire de la mode » qui a été un énorme succès à l'international. Alors on a fait nos valises et on est parti à New York pour essayer de créer notre propre label.
Prosper : Après avoir racheté les droits de nos livres, nous avons lancé de nouveaux projets sur un secteur que personne n'avait encore abordé : celui des socialite, les figures mondaines. Lee Radziwill, Oscar de la Renta, Ralph Lauren... Et nous sommes très rapidement devenus l'éditeur chic de New York.
Les Éditions Assouline comptent aujourd'hui plus de 2 000 titres et sont diffusées sur tous les continents. Quelles sont les clés de votre réussite ?
Martine : Le style. Notre manière d'être. Une façon de faire les livres, de A à Z, entre nous. De faire en sorte que l'on rentre dans un sujet, sans s'en rendre compte, comme dans un film, naturellement, pour le plaisir.
Prosper : Une identité qui s'est construite au fil du temps. Je fais souvent l'analogie avec la cuisine. Tout le monde se met autour de la table et on concocte notre livre. Et chacun a un goût différent.
En 2016, votre fils vous a rejoint. Et vous lui avez confié la présidence. Alexandre, quelle vision pensez-vous apporter à la maison familiale ?
Alexandre : J'ai commencé en tant que graphiste en 2014. En 2016, ma mère m'a appelé pour développer le pôle digital. Graduellement, je me suis occupé de structurer les départements. J'ai repensé la logistique, la distribution, les boutiques. Mes parents sont des génies créatifs, je suis davantage businessman. Je m'attache à faire de nos livres des succès mondiaux.
Quel est le prochain chapitre que vous allez écrire ensemble ?
Alexandre : Nous avançons vers le développement d'une marque lifestyle de luxe autour du livre. La première étape, en mai 2025, est la "Library Collection" et comprend douze objets liés à l'univers de la bibliothèque (serre-livres, backgammon, loupe) ainsi que cinq parfums d'intérieur.