Quelle a été votre intuition de départ ?
Nicolas Ducoudert : L'idée première n'était pas la création d'une marque, mais le plaisir égoïste de faire exister une montre qui ferait la part belle à l'expérience et au Temps tel que nous le vivons, et moins tel qu'il nous est dicté. À l'époque, je dirigeais mon agence de design et accompagnais des entreprises dans la création de leurs produits. J'avais déjà imaginé cette signature des aiguilles rondes et je me suis dit qu'il serait dommage de ne pas tenter à mon tour cette aventure horlogère.
Pouvez-vous décrire la philosophie de design derrière vos créations ?
N.D. : On imagine souvent que la matière première d'une montre est l'acier ou les métaux précieux. Pour moi, c'est le temps lui-même. Il peut s'étirer, s'arrêter, flotter ou se fragmenter. À chaque création, je choisis une facette du temps et je la traduis dans une montre. Mon design a beaucoup évolué : je me suis éloigné de mon premier amour, l'automobile, tout en en conservant l'essence, la maîtrise de la lumière. Aujourd'hui, je suis davantage inspiré par le mobilier et l'architecture, notamment dans le travail des courbes et des surfaces.
Quels défis avez-vous rencontrés au lancement de Beaubleu ?
N.D. : Le premier défi a été de trouver des artisans, horlogers et fabricants suffisamment audacieux pour se lancer dans ce projet. Pour certains, les aiguilles représentaient le plus grand défi technique ; pour d'autres, c'était le boîtier. Le deuxième a été la solitude liée à la création d'entreprise. Lorsqu'un projet devient une véritable marque, ne pas être challengé par une équipe ni célébrer les victoires ensemble peut devenir un inconvénient caché de l'entrepreneuriat. Aujourd'hui, je suis ravi d'avoir une équipe complète à mes côtés.
Quels sont aujourd'hui vos rêves et vos désirs ?
N.D. : Mon désir, partagé avec celui de Beaubleu, est d'être encore là dans trente ans ; peu importe le nombre de montres vendues, le chiffre d'affaires ou le nombre de boutiques ouvertes.