BARNES Magazine N°40 N°40 — Automne-Hiver 2026/2027
Philanthropie

Café Joyeux

La joie comme trait d'union

Depuis l'ouverture d'une première adresse à Rennes en 2017, Café Joyeux, fondé par Yann et Lydwine Bucaille-Lanrezac, emploie et forme des personnes en situation de handicap mental et cognitif. L'entreprise compte aujourd'hui 35 cafés-restaurants dans le monde, dont 27 en France, portée par une conviction : le travail et la rencontre peuvent contribuer à bâtir une société plus inclusive.

Par La Rédaction
Café Joyeux

Quel a été le point de départ du projet Café Joyeux ?

Yann Bucaille-Lanrezac : Tout a commencé lors d'une sortie en mer avec Émeraude Voile Solidaire. À la fin de la journée, Théo, un jeune homme autiste, m'a demandé : « Est-ce que tu as du travail pour moi ? » Je lui ai répondu que non. Il s'est mis en colère, puis il est parti. Cette scène m'a profondément bouleversé. Avec Lydwine, nous avons alors découvert que plus de 500 000 personnes en situation de handicap mental étaient durablement éloignées de l'emploi en France et des dizaines de millions dans le monde. Pourtant, elles aspirent comme chacun à travailler, apprendre un métier et trouver leur place dans la société. Nous avons donc cherché à créer les conditions leur permettant de révéler leurs talents.

Dès le départ, l'accès à l'emploi et le changement de regard étaient-ils indissociables ?

Y.B.L : Donner un emploi est essentiel : le travail est un droit qui apporte de l'autonomie, de la confiance en soi et une place dans la société. Mais si les personnes en situation de handicap restent invisibles, les préjugés demeurent. C'est pour cela que nous avons choisi la restauration : un café est un lieu de vie ouvert à tous, où les rencontres se font naturellement. Nos équipiers accueillent, cuisinent et servent au contact de nos convives et chaque échange devient une occasion de faire évoluer les regards.

Comment êtes-vous parvenus à concilier inclusion et performance économique ?

Y.B.L : Café Joyeux est une entreprise à part entière, avec des clients, des exigences de qualité et un modèle économique à faire vivre. C'est par le travail de nos équipiers, leur engagement et la valeur qu'ils créent chaque jour que nous pérennisons ce modèle. Nous parvenons aussi à un équilibre économique grâce à notre marque de café de spécialité, torréfié par des personnes en situation de handicap, que nous allons nous-mêmes sourcer en Amérique centrale ou en Afrique de l'Est. Inclure, ce n'est pas faire à la place de, c'est faire avec, pleinement. Par ailleurs, les Cafés Joyeux sont intégralement détenus par le fonds de dotation Source de Joie, créé il y a quinze ans avec mon épouse. Cet actionnaire unique sans but lucratif fédère les dons de mécènes et de philanthropes afin de financer de nouvelles ouvertures ainsi que le recrutement et la formation.

Au-delà du projet entrepreneurial, qu'est-ce que ces années au contact des équipiers vous ont appris ?

Y.B.L : Ils nous ont appris à regarder autrement. Lorsqu'on fait confiance à une personne, qu'on lui donne les moyens d'apprendre un métier et de révéler ses talents, elle dépasse souvent les limites que nous lui avions nous-mêmes fixées. Cette transformation touche aussi les familles, les convives, les clients et les managers. Les études menées avec le laboratoire E&MISE de l'ESSEC montrent que 93 % de nos équipiers gagnent en autonomie, 90 % renforcent leur confiance en eux et 99 % développent davantage d'interactions sociales.
Par ailleurs, 81 % des convives déclarent avoir davantage d'actes de solidarité auprès des personnes en situation de handicap après leur passage dans un Café Joyeux. Tout cela, c'est la récompense de notre travail.

Que peut-on souhaiter à Café Joyeux pour les prochaines années ?

Y.B.L : Nous sommes aujourd'hui présents au Portugal, en Belgique et à New York. Nous souhaitons nous développer aux États-Unis, en Espagne et en Suisse, car l'inclusion n'a pas de frontières. Nous avons reçu environ 2 000 demandes d'ouverture à l'international : il y a tant à faire. Nous souhaitons poursuivre notre croissance tout en restant fidèles à notre mission et permettre le bien-être et le progrès humain de chacun de nos collaborateurs.

Nous travaillons sur un projet plus ambitieux de notre Campus Joyeux, avec l'ouverture de notre programme de formation professionnelle à l'externe. Notre ambition est de passer d'une réussite d'entreprise à une solution de société dans notre esprit de partage et de transmission. Avec Lydwine, nous rêvons d'un monde où chacun trouve sa juste place et où le collectif l'emporte sur l'individualisme. Au fond, vivre, travailler et réussir tous ensemble c'est cela la joie à l'état pur !
cafejoyeux.com

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